Mercredi des cendres année C : Matthieu 6,1-18.

                                   Si on faisait un radio crochet, sur le trottoir, pour demander : « c’est quoi le carême ? », Les petits nous parleraient des privations de bonbons, les jeunes nous parleraient de la limitation qu’on leur impose sur la télé et Internet. Les adultes nous parleraient de régimes alimentaires simplifiés et de sacrifices financiers pour les bonnes causes…

            Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous renvoie à trois pratiques : le partage, le jeûne, la prière… Ces trois gestes sont repris aujourd’hui par la société laïque, qui considère que cela fait du bien à l’homme et à la société. Des séminaires de jeûne, hors de prix, sont organisées dans notre département et ailleurs, sans aucune référence à la divinité… On va parler d’écologie, de planète verte, de sobriété bien heureuse… Le partage, la solidarité, on l’organise à grand renfort de médias pour le téléthon et d’autres causes, mais la justice française punit celles et ceux qui font œuvre de solidarité envers les migrants malades, affamés, frigorifiés… Et la méditation est proposée pour prendre du recul et en cela, pas besoin de Dieu…

                                   Non, le carême n’est pas cela. En nous proposant le jeûne, le partage et la prière, Jésus veut nous proposer des gestes religieux ! La religion chrétienne n’est pas seulement horizontale ! Si Jésus nous propose ces trois gestes, c’est pour nous aider à trouver Dieu dans notre vie.

            « Dieu, qui est ton père, voit ce que tu fais dans le secret, il te le revaudra » ! Dieu voit ton cœur, sa beauté, son ouverture, mais aussi ses blessures. Entrer en carême, ce mercredi, c’est nous engager à mettre toute notre vie, sociale et intime, sous le regard bienveillant de Dieu.

            « Ta récompense sera grande, ton père te le revaudra » … comment sais-tu cela, seigneur ? C’est parce que, dans ce court passage d’évangile, c’est encore de lui, que Jésus parle. Jésus agit, jeûne. S’il le fait pour nous, il le fait d’abord devant son père, dans la fidélité à l’amour de son père. C’est là le secret de la réussite de sa vie parmi nous… Si on lui retire son intimité avec Dieu son père, les paroles de Jésus ne sont que de beaux discours et sa passion n’apportera pas le salut au genre humain.

            « Ton père, qui voit dans le secret des cœurs, te le revaudra » … le don du Père, pour Jésus, comme pour nous, c’est l’Esprit Saint, sa présence en plénitude. « Approchez vous de Dieu, il s’approchera de vous » (Jacques 4,7). Sans la promesse de la résurrection, sans le don du Saint Esprit, le carême et l’ascèse ont-ils encore un sens ?

                                   Le carême, c’est une démarche en église ! Ton petit geste de partage, le jeûne où tu remplaces la nourriture du monde par une méditation de la parole de Dieu, le temps, si minime soit-il, que tu prendras pour la prière, afin de ne pas te coucher et ne pas te lever sur une parole d’homme, tout cela, c’est la goutte d’eau que le prêtre met dans le calice, pour la joindre au sacrifice du Christ. Mais, en église, cela devient un torrent d’amour joint à l’offrande que le Christ a fait de sa vie…

            Si tu manques parfois au partage ou à la prière, ce n’est pas grave. Rends grâce à Dieu pour la fidélité des frères et sœurs de l’église, par qui la goutte d’eau des hommes ne manque pas dans le calice et va recevoir le sacrement du pardon, pour recevoir le Saint Esprit, qui te remettra dans la communion ecclésiale…