Accueil‎ > ‎Homélies‎ > ‎

Célébration pénitentielle


Que penser des célébrations pénitentielles ?




        « Consolez, consolez mon peuple dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem que son crime est pardonné. »

Ces paroles furent prononcées vers les années 550 avant  J.C. alors que le peuple de Dieu en exil se sentait abandonné.

 « Monte sur une haute montagne, toi qui porte la Bonne nouvelle ! » 

        Ce qui est annoncé c’est la Bonne nouvelle de la fidélité de Dieu qui ouvre un chemin de libération, de renouveau. Cette Bonne Nouvelle Jésus est venu la proclamer, Bonne Nouvelle de la tendresse du Père. Par sa Parole, par ses gestes, l’accueil des petits, des pécheurs, des malades, des lépreux, des blessés de la vie et surtout par le don de sa vie jusqu’au bout Jésus  manifeste l’amour miséricordieux du Père.

        Qu’est-ce que l’Eglise a à faire si ce n’est de poursuivre cette mission ? Elle la remplit d’une manière particulière dans le sacrement du pardon, de la réconciliation. Au cours de l’histoire de l’Eglise  ce sacrement fondé sur la conviction que l’Eglise a mission de pardonner, de dire la miséricorde de Dieu,  a connu bien des évolutions. Disons que pendant longtemps dans le haut Moyen-Age elle a exercé ce ministère auprès de ceux qui d’une manière très grave non seulement était infidèles à l’amour de Dieu mais blessaient le Corps de l’Eglise, le pardon et la réconciliation étant accordés après un temps plus ou moins long de pénitence.

        Puis vint le temps où sous l’influence monastique commença à se pratiquer la rencontre personnelle avec le prêtre, pratique qui s’est ensuite généralisée jusqu’à ce que, au Concile Vatican 2 on redécouvre la dimension ecclésiale et communautaire  de la célébration du  pardon avec les célébrations pénitentielles. C’est que, en effet :

        On avait oublié : que le péché dans nos vies n’est pas seulement offense à Dieu mais aussi blessure dans le Corps de l’Eglise. Par nos infidélités le témoignage de l’Eglise est amoindri. Par nos refus de vivre l’appel à aimer nous participons au péché du monde, nous portons atteinte à cette communion fraternelle entre membres du Corps de l’Eglise.

  • On avait oublié que la célébration du pardon n’est pas seulement le moment où on se réconcilie individuellement avec Dieu mais le moment où le Corps de l’Eglise dont on est membre vit la réconciliation.

  • On avait oublié que la communauté est signe d’une Eglise de pécheurs qui annonce et proclame la miséricorde de Dieu.

  • On avait oublié que c’est un peuple de pécheurs qui est convoqué par le Seigneur à se retrouver face à la Parole de Dieu pour entrer sur un chemin de conversion et de réconciliation.

  • On avait oublié que l’Eglise peuple de pécheurs  doit se sentir solidaire d’une humanité marquée par le mal du monde et qu’elle est une communauté qui supplie et intercède. Nous ne demandons pas pardon seulement pour nous mais pour ce monde affronté au mal sous toutes ses formes.
  • On avait oublié  que le pardon  demandé, donné et reçu est le pardon de Dieu miséricordieux mais aussi le pardon de l’Eglise.
  • On avait oublié que le pardon exprimé par l’Eglise dans le sacrement n’est pas quelque chose d’automatique mais une parole d’amour du Père qui nous rejoint par l’Eglise dans la mesure où ce pardon suscite en nous une réponse d’amour pour Dieu et pour nos frères et sœurs à qui nous pardonnons comme il est dit dans le Notre Père. « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

    Aussi comme l’a voulu l’Eglise nos célébrations pénitentielles sont de vrais moments où nous célébrons la tendresse miséricordieuse du Père et la réconciliation entre frères et sœurs, membres d’une Eglise chargée « d’annoncer au monde les merveilles de Celui qui nous a appelés à passer des ténèbres du péché à son admirable lumière. »

        Et la confession individuelle ? Soyons clairs.

    Elle garde toute sa place mais pas en opposition aux célébrations pénitentielles présentées parfois comme une simple préparation à une confession individuelle.

        Il reste vrai que dans la grande tradition de l’Eglise une rupture très grave dans la fidélité à l’Evangile, à l’amour de Dieu et des frères, rupture dans  la communion en Eglise, nécessite pour le pardon et la réconciliation une démarche personnelle avec l’Eglise. Ce n’est pas une question de loi, mais de vérité. Aussi il a toujours été dit que les personnes qui reçoivent l’absolution collective au cours d’une célébration pénitentielle et qui ont conscience d’être dans cette situation de  grave rupture avec Dieu et avec les frères doivent faire une démarche personnelle, reconnaître leurs fautes auprès d’un prêtre pour que « leur soit déclaré par une nouvelle absolution le pardon reçu lors de l’absolution collective, mais aussi pour leur permettre de rechercher dans le dialogue comment ils vont réorienter leur vie en fidélité à l’amour de Dieu pour une véritable conversion. »

        De plus il reste vrai, louable, utile et recommandable l’ouverture de conscience à un prêtre dans le cadre d’un accompagnement spirituel avec ou non confession individuelle.


        En conclusion :

    Ne faisons jamais de la confession individuelle le seul chemin de réconciliation. Dans le cours de nos vies, au cœur de nos fragilités, Dieu nous rejoint et dans les demandes de pardon que nous lui adressons il vient à nous. Il vient aussi dans nos célébrations : les célébrations eucharistiques  au début desquelles il ya toujours un temps de demande de pardon (comme nous l’avons fait tout à l’heure). Et il vient dans nos célébrations communautaires (comme nous le ferons le 17 décembre).

    Ces célébrations témoignent d’une Eglise chargée d’annoncer que pour Dieu l’avenir n’est jamais totalement bouché,  que son amour pour nous manifesté en Christ mort et ressuscité est plus fort que le mal et la mort.

 Retour à Homélie