Quand un petit groupe de ce risque à partager l’Évangile, c’est parfois très frustrant ! On assiste très souvent un bombardement de vérités, qui n’ont rien à voir avec notre propre vie… L’église dit… le pape dit… le droit canon dit que… L’évêque a dit… notre curé a dit… la théologie dit… Avouez que c’est frustrant ! On fait un partage de connaissance intellectuelle et non un partage de notre foi personnelle. Ce fut aussi l’expérience des apôtres essayant de répondre à la question de Jésus : qui suis-je ? …

            Il est certainement frustré de la réponse de ses apôtres, c’est pourquoi Jésus réitère sa question en la précisant : « pour vous qui suis-je ? » Pour toi Pierre, qui a quitté ton métier de patron pêcheur, la maison de capharnaüm, ta belle-mère, pour te retrouver sur les routes avec moi ? Pour toi Jean, qui repose si souvent la tête contre mon épaule, qui suis-je ? Pour toi Mathieu, qui a quitté ton bureau à la douane et ton statut d’homme important dans la cité, qui suis-je ? Pour toi Judas, qui tient les cordons de la bourse de notre pauvre communauté, qui suis-je ? … Et les apôtres se taisent. Silence lourd !

            Et c’est la même question, que le seigneur nous pose aujourd’hui. Pour toi qui survis après le deuil de ton époux, qui suis-je ? Pour toi, qui après plus de 50 ans de mariage jouit de la visite de tes petits-enfants, tout en regrettant qu’ils ne soient pas baptisés, qui suis-je ? Pour toi, qui après des années de vie monastique, te retrouve Romans, qui suis-je ? Pour toi qui as survécu à un cancer et pour toi qui as reçu le sacrement des malades cette année, qui suis-je ? Pour toi qui veux me suivre dans le ministère presbytéral et pour toi qui as plus de 50 ans d’ordination, qui suis-je ? Pour toi et ton épouse, qui viennent régulièrement la messe avec vos enfants en bas âge, qui suis-je ? Pour toi Philippe, après plus de 40 ans d’ordination et sept années de mission en Afrique Noire, qui suis-je ? Je peux m’arrêter là, dans mon énumération ! Chacun se sent concerné… Et comme les apôtres nous restons muets !

                                   Pourquoi les apôtres et nous-mêmes restons muet ? Parce que l’interrogation de Jésus n’impose pas de réponse. Il n’y a pas de réponse unique, passe-partout ou définitive. En fait, la foi, c’est un chemin qui s’ouvre devant nous et dont nous ne voyons pas la fin… Ce que nous sommes aujourd’hui, nous ne l’étions pas le jour de notre mariage, le jour de la coordination ou de notre prise d’habit, le jour de la naissance de notre premier enfant… la foi est un chemin, et nous découvrons le paysage au jour le jour, avec la grâce de Dieu. Je suis toujours le prêtre qui a été ordonné à Pentecôte 78 dans l’église Sainte-Croix et en même temps je mesure le chemin parcouru. Il ne s’agit pas de penser qu’avec mes confrères aînés nous en savons plus que nos jeunes prêtres ! Seulement que, comme eux, notre compagnonnage avec le Christ s’est approfondi. La foi est un chemin, qui ne se terminera qu’à la fin de notre vie… et cela est vrai, pour chacun d’entre vous…

                                   Et pourtant, Pierre se risque à répondre : « tu es le Messie ! » Bonne réponse Pierre ! C’est pourquoi l’église la notera dans son credo officiel ! Mais tu ne sais pas ce que signifie la réponse que le Saint Esprit t’a soufflée. Il te faudra encore du temps pour accepter la passion et la croix. La foi est un chemin…

               Quelque soit notre foi, chaque dimanche nous nous coulons dans la foi de l’église. Seigneur, nous croyons en toi, mais augmente notre foi…

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