Où est le miracle

? D’abord dans l’obéissance de Pierre ! Ce que lui demande de Jésus est absurde pour un patron pêcheur. Mais Pierre a déjà rencontré plusieurs fois Jésus et expérimenté l’efficacité de sa parole… « Sur ta parole, je vais jeter les filets » !

Pierre joue gros, sur ce coup-là. Il va à l’encontre de tout ce que son expérience lui a appris… Ce qu’il ne sait pas à cette heure, c’est qu’il joue son avenir. Et ce qui devait être un désastre devient un succès !

Mais où est le miracle ? Ce n’est pas la pêche, c’est que le pêcheur est lui-même pris dans le filet que lance Jésus. « Tel est pris qui croyait prendre », dit le proverbe… Ce jour-là, la meilleure pêche, c’est Jésus qui l’a faite ! « Désormais, avec moi, ce sont des hommes que tu prendras » ! Le vrai miracle c’est que à partir de ce jour-là, Simon et ses acolytes vont laisser leur filet et leur barque, poursuivre le Christ. Ils deviennent des disciples, ils embarquent avec le Seigneur. C’est déjà l’église, en herbe, qui nous est présenté là !

« N’aie pas peur », dit Jésus. La peur, c’est parfois la mienne, dans ma vie de prêtre ! Ça a été celle du prophète Isaïe : « Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures ». Ça a été celle de Saint-Paul : « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre… » Ca a été celle de Pierre : « Seigneur éloigne de toi de moi, car je suis un homme pêcheur »… ou celle du pape François, dans la première parole officielle a été : « priez pour moi, je suis un pêcheur »… ou celle d’un jeune confrère, qui distribue la communion à côté de moi à Ars, lors d’un grand rassemblement : Il ne lui restait plus qu’une hostie à donner, alors il la donne. Mais, il y en a encore une, alors il la donne. Mais il y en a encore une, alors il la donne… et ça continue ! Alors, au lieu de dire : « le corps du Christ » on l’entend dire : « merde, non pas moi… merde, non pas moi… » Oui, nous savons notre indignité nos insuffisances et comme Pierre nous disons : « éloigne-toi de moi seigneur, car je suis un homme pêcheur »…

Cette peur peut nous habiter aussi, devant les églises qui ne rassemblent plus que des cheveux blancs ! L’église serait-elle en train de sombrer ? « Maître, nous avons pêché toute la nuit »… Comme Pierre, nous pouvons dire : nous avons peiné des années et nos petits-enfants ne sont pas baptisés. Nous nous sommes engagés dans nos paroisses et ailleurs et nos neveux ne se marient pas à l’église… Alors un père de famille me disait, en se fâchant : Philippe, qu’est-ce que tu fais, pour se sauver ce qui peut l’être ?…

Mais Jésus dit simplement à Pierre : « avance au large » … En 1968 et 1970, c’était le même problème, alors on a introduit des guitares dans la liturgie. Mon aumônier scout célébrait la messe sur le capot moteur de sa 4L, lors de nos sorties… Et ça a donné quoi ? «

Avance au large », dit Jésus. Et Simon Pierre refait ce qu’il a fait toute la nuit sans rien prendre…Mais cette fois, il y a Jésus à bord. Tous les plans les plus élaborés ne sont rien, si Jésus lui- même ne se charge pas de la pêche aujourd’hui. J’en ai vécu des demies nuits avec des conseils pastoraux, à chercher l’innovation, qui renverserait la vapeur ! Alors qu’il aurait suffi, d’inviter chaque baptisé embarquer le Christ avec lui et tous ensemble, de dire : Seigneurs inspire-nous les gestes et les paroles, qui permettront à nos frères de misère, de se mettre à ton service.

Seigneur tout cela me dépasse ; mais je m’attache à toi. C’est ton église et sans toi, elle tombera en ruine…