Nous fêtons aujourd’hui l’Epiphanie. Voilà un gros mot étranger à notre vocabulaire ordinaire ! Les gens du monde gréco-romain, avec ce terme, désignaient l’apparition secourable d’une divinité et parfois aussi la venue triomphale du souverain, dans leur ville. Saint-Paul, dans sa lettre à Tite (2,13) utilise ce terme à propos de la naissance de Jésus à Bethléem et quand il annonce sa deuxième venue dans la gloire à la fin des temps. 

En Orient, au quatrième siècle, on considéra la fête du baptême du seigneur, comme une épiphanie. L’épiphanie que nous célébrons ce jour est la manifestation du Christ aux nations. L’épiphanie de Noël était la manifestation de Dieu Sauveur à quelques bergers, marginaux de la société. 

Aujourd’hui, c’est la manifestation du Christ aux yeux du monde et même des nations païennes. Nous, aujourd’hui, faisons partie de ces nations…

                                   Ce récit d’évangile, que nous venons d’entendre, est une parabole ! La première communauté chrétienne voulait ainsi nous dépeindre l’aventure spirituelle du croyant de tous les temps. On peut relever trois actions des Mages :

            1) L’adoration ! Les mages cherchaient le Seigneur des seigneurs. Et qu’est-ce qui leur est donné à voir ? Un enfant sur la paille ! Voilà qui est déroutant et aurait pu les décourager ! Mais non, ils vont s’agenouiller et adorer Jésus, qu’ils reconnaissent comme celui que le monde attendait… Dans la vraie vie, ce migrant que nous croisons, ce « gilet jaune » qui n’arrive pas à boucler ses fins de mois et qui nous ralentit, ce pauvre qui mendie à la porte de notre église… tous ces gens sur la paille… Est-ce que cela nous amène à l’adoration ? « Ce que vous avez fait à l’un de ses petits, c’est à moi que vous l’avez fait » dit Jésus (Matthieu 25) !

            2) L’offrande ! Toujours l’adoration conduit à l’offrande. C’est ce que font les mages… Les mages nous renvoient à nous-mêmes, nos misères, nos biens, nos talents ! Qui n’a pas ses propres misères ? Et qu’est-ce que j’en fais ? Je peux les ruminer, jusqu’à agacer mon entourage. Cela se passe alors, comme quand dans le plat que tu cuisines il y a un peu de piment ! Plus tu réchauffes le plat, plus le plat devient piquant. Et tu deviens de plus en plus malheureux, ainsi que celles et ceux qui t’entourent, bien que tu leur dises : « je ne souhaite à personne, ce que l’autre m’a fait » … « Ta misère, elle regarde le seigneur. Les autres attendent ta joie », disait Saint-François-d ’Assise ! L’offrande c’est se désapproprier de soi-même et s’ouvrir à l’action de Dieu. Au quatrième siècle, Saint-Jean Chrysostome disait : « Avant d’adorer… décharge toi, de tout ce qui t’encombre » … Quelle belle offrande ! C’est l’offrande de notre petitesse, qui plaît à Dieu !

            3) Lève-toi et marche ! Bethléem, c’était bien ; mais les mages vont se remettre en marche. Ils vont revenir dans leur pays et devenir témoins de cette bonne nouvelle. Voilà que le message déborde les frontières d’Israël. Cela devient un message universel.

                                   Cette eucharistie nous met en marche ! Comme les mages recueillons les signes qui nous sont donnés au quotidien, afin que toute notre vie témoigne que Emanuel, Dieu, est là au cœur de notre vie. Le corps du Christ est là, dans le plus petit de nos frères.