Avec ces deux paraboles, dans un premier temps Jésus dévoile ce qui advient depuis l’annonciation et l’incarnation. « Une personne a jeté le grain dans son champ », note saint Marc. « Et le Verbe s’est fait chair », dira saint Jean dans le prologue de son Evangile… Le Règne de Dieu est maintenant sur la terre ! C’est Marie qui l’accueille en premier et le Verbe va grandir dans le silence de Nazareth. Puis, pendant trois ans, Jésus, pauvre prédicateur, va semer la Parole sur quelques kilomètres carrés. Ensuite le Verbe va être enfouit au tombeau pour ressusciter et aujourd’hui, dans le monde entier, des femmes et des hommes en quête de sens viennent au Christ pour se nourrir de cette Parole… Oui,  « le Verbe s’est fait chair ». Semé en terre, « il était la plus petite des semences du monde », mais désormais « il dépasse toutes les plantes potagères », note saint Marc…

            Dans un deuxième temps, ces deux paraboles évoquent pour nous la notion du temps et la notion d’espace…

                                   Le temps, c’est notre vie et cela n’a pas de prix. C’est ce que nous avons de plus précieux et le temps qu’on perd, nous ne pourrons jamais le récupérer. De plus, le temps nous marque. Le vieillissement est une expérience du temps qui passe ! Alors, on ne donne pas son temps n’importe comment.

            Mais le semeur ne compte pas son temps. Il patiente. On n’a jamais vu un agriculteur tirer sur ses plantes pour qu’elles grandissent plus vite ! Il patiente, car il ne verra que le résultat. Le temps de Dieu n’est pas le nôtre, car il est plein d’Amour. Il nous a donné son Fils pour que nous entrions dans le temps éternel où il trône. Nous pensons parfois avoir l’impression que notre vie spirituelle n’avance pas, alors, entrons dans le temps du semeur ! Le temps de Dieu est lié à l’Espérance, comme en témoignent de nombreuses pages de la Bible. La messe nous donne, un  instant, d’entrer dans ce temps. Ce n’est pas un évènement du passé, c’est aujourd’hui qu’elle se joue pour nous et avec nous.

            La graine est toute petite et avec le temps, elle va donner un arbre qui remplira l’espace entre terre et Ciel. « Les oiseaux du Ciel viennent y nicher »…

            Notre espace de vie, on peut le saccager, comme nous le reprochent les écologistes. Ou on peut y  mettre des frontières pour en faire un espace privé, quitte à ce que la Méditerranée devienne un grand cimetière pour celles et ceux qui sont à la recherche désespérée d’un espace de Paix. Mais l’espace peut aussi devenir sacré ! C’est ce que le Moyen Age avait fait de nos bâtiments églises, où tout homme était accueilli, quelle qu’ait été son histoire…

            Avec l’arbre de la parabole, c’est l’espace qui s’élargit aux dimensions de Dieu. Aujourd’hui, l’espace communautaire dans l’Eglise peut nous paraître ridiculement petit, comme la graine de moutarde dont parle Jésus. Mais l’Amour partagé l’élargit. Je me souviens, comme mes frères et sœurs, du jour où séminariste j’ai demandé à ma famille d’accueillir un jeune de mon âge, africain, qui n’avait nulle part où aller pour les fêtes de Noël. Ça nous a valu un conseil de famille : parents et nous les sept enfants. En effet, on n’avait jamais vu ça : Noel c’est un espace privé de famille ! Mais parce qu’on a dit Oui, ça nous a valu de concevoir l’espace autrement…

            Alors, comme nous y invite le Pape François, sortons de nos bâtiments églises, pour vivre l’Eglise hors les murs…


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