Dimanche 19 novembre 2017 ; 33° ordinaire A : Matthieu 25,14-30.





« L’homme appela ses serviteurs »… Jésus parle de lui-même, note saint Matthieu. Et il appelle, il n’oblige pas, il appelle. Quelqu’un répondra-t-il à son appel ? Oui, il s’en trouve trois pour répondre, comme ils seront 12 à devenir apôtres et 72 à être envoyés comme disciples en avant de Lui. Pourquoi ont-ils répondu à son appel ? Par amour du Seigneur ? Par goût de l’aventure ? Ou pour ne pas perdre le statut de serviteur ?

               « Cet homme confie ses biens à ses serviteurs… » L’évangile nous parle de Talents ; mais  nous sommes piégés par notre langue française, dans la compréhension de cette parabole. Chez nous, quand on parle  de Talents, on parle de qualités humaines : il a un talent de bricolage, un talent pour la négociation, un talent pour transmettre l’enseignement, ou pour la cuisine… C’est super ! Mais Jésus nous parle d’autre chose. Dans la Bible, un  Talent c’est le salaire de 20 à 30 années de travail. Pour Jésus, c’est une manière de dire, que Dieu nous confie tous ses biens. Les 3 talents dont Jésus nous parle ne sont pas les qualités humaines et sociales, mais les biens de Dieu…

               Le refrain du psaume 127 disait : « Heureux le serviteur fidèle, Dieu lui confie sa Maison… » Quand on est jeune prêtre ou nouvellement catéchiste ou bien nouvellement engagé dans un service d’Eglise, on ne raisonne pas, on s’élance, par amour du Seigneur ou par goût de l’aventure. Mais au bout d’un certain temps, on peut  se rendre compte de l’énormité de la chose ! Oh combien, vous  et moi, pouvons comprendre la réaction du 3° serviteur ! On peut en arriver à dire : C’est trop !

               « Heureux le serviteur fidèle, Dieu lui confie sa maison »… Comme Dieu a confié Marie et l’enfant à saint Joseph ! Oui,  c’est trop ! Après tout, Dieu  est assez grand pour garder sa maison ! Que puis-je faire avec ma pauvreté ? Dieu est gentil d’avoir pensé à moi ; mais franchement… C’était le cri de Moïse (Ex. 3,11) : « Qui suis-je pour aller vers pharaon ? » C’était aussi le cri de Jérémie (1,6) : « Ah Seigneur Dieu, je ne saurais parler, je suis trop jeune… » Il y a une démesure dans la demande de Dieu. C’est peut-être ce qui a poussé notre civilisation occidentale à prendre ses distances avec la religion chrétienne, au profit de la laïcité ? Et pourtant Dieu confie sa Maison, on ne peut pas dire : on verra plus tard !

                                            Avec cette parabole, Jésus nous oriente vers la fin des temps. Nous sommes dans le temps de l’attente, de la patience. Les talents que Dieu nous laisse, on  les retrouve à la fin de l’Evangile, lors de l’envoie en Mission (Mt. 28,18 ; Mc. 16,15) : « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toute créature et Baptisez-les… »

               « Allez » ! C’est le 1° talent : l’Amour des frères. Comme et avec Jésus, ouvrir nos mains et nos cœurs à celle et celui que Dieu met sur notre chemin, à commencer par le plus pauvre. Plus de personne ignorés ou laissée pour compte…

               Le 2° talent est celui de la Parole de Dieu. Comme et avec Jésus, être porteur de la Bonne nouvelle  du Royaume. Nous recevons ce talent à la  messe comme une lumière à partager. A l’occasion des funérailles, nous mettons en valeur les qualités du défunt. Pourquoi ne pas l’avoir fait avant, en mettant en lumière ce qui valorise l’autre ?

               Le 3° talent, ce sont les Sacrements ! Ils nous sont donnés pour accueillir l’Amour qui est en Dieu et nous apprennent à voir l’autre comme un  frère…

Accorde-nous,  Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité, car c’est un bonheur durable et profond de servir constamment le Créateur de tous biens… (oraison de ce jour).


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